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Huit Intérieur Publications est le nom d’une nouvelle entité d’édition conçue pour le développement, la publication et la promotion de livres de psychopathologie et de psychanalyse. Dans ce but, la marque Huit Intérieur Publications a été enregistrée à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), sous le numéro 15-4-165-660, dont l’avis officiel a été publié au BOPI n° 15/15, Vol. I, du 10 avril 2015.

8 intérieur - Flore

Dessin : © 2014 Flore Arce Ross

Ses publications verront le jour conjointement en livres papier et en livres numériques et s’organiseront, principalement, selon des séries thématiques. Mais Huit Intérieur Publications a également le projet de développer, le moment venu, une section de livres hors-série, ainsi que des liens vers des textes tiers qui véhiculent et reprennent, d’une façon ou d’une autre, les orientations que nous développons. Une mention spéciale sera consacrée aux thèses en psychiatrie et en psychologie clinique.

Séries thématiques

Sans aucun doute et sans compromissions d’aucune sorte, Huit Intérieur Publications s’inspire de nouvelles théories psychanalytiques animées par l’esprit d’une libre pensée. Plus précisément, il s’agit de théories qui, prenant appui sur la psychanalyse freudienne ainsi que sur la psychiatrie classique et s’orientant de l’enseignement lacanien, développent de concepts plus appropriés pour rendre compte de la psychopathologie du XXIème siècle.

Autrement dit, partant de notre recherche clinique quotidienne, la visée de Huit Intérieur Publications s’applique d’abord au domaine de l’édition pour s’élargir à celui de la diffusion et de la publicité du savoir psychanalytique contemporain. À condition, cependant, que les textes ou les liens diffusés cadrent avec les concepts psychanalytiques que nous développons et affinons depuis plus de 20 ans.

Un premier élan est la description et la définition de nouveaux troubles, inhibitions, symptômes, angoisses et passages à l’acte appartenant à la vie psychique actuelle et à venir. Un deuxième est celui du développement et de l’approfondissement de concepts appropriés pour cet état des lieux.

Nous avons, par exemple, commencé par en avancer un certain nombre concernant la clinique de la psychose maniaco-dépressive et des états bipolaires anxio-dépressifs, tels que facteurs blancs, forclusion maniaque et délire de mort. Concernant les moments qui précèdent le suicide, nous allons présenter bientôt un texte où sont décrits et développés des concepts tels qu’événements intersubjectifs, fuite des événements et angoisses altruistes. Puis, dans les questions brûlantes de la sexualité d’aujourd’hui, nous traiterons des phénomènes trans-limites, comme aussi bien d’une psychanalyse de la sexuation dans ses liens avec ce que nous appelons la période de la n’essence. Enfin, lorsqu’on reprendra nos études sur l’amour et sur le couple, nous pourrons évoquer des termes comme l’anomie de l’amour, les triangles polysynchroniques, la secte-à-deux ou le couple reclus.

Ce programme nous dessine trois séries bien définies de publications. La première série, dont le premier livre a déjà été publié en 2009, traite de la Psychopathologie de la mélancolie. Un deuxième volume est en cours de correction et verra le jour dans les mois à venir. Et un troisième est déjà en train de s’écrire. La deuxième série de nos publications concerne la Psychanalyse des sexualités actuelles. Là aussi, un premier volume est déjà assez avancé et pourra être programmé pour un avenir proche. La troisième série, quant à elle, s’appliquera à communiquer nos études sur la Clinique de l’amour et du couple.

 

Présentation - Huit Intérieur2

Dessin : Lacan, Le Séminaire, Livre XI, Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 143.

Un noeud dit du « huit intérieur »

Le noeud dit du huit intérieur est théorisé par Jacques Lacan pour représenter le retournement sur soi de la surface de Moebius, voire l’identification au trou de la pulsion que ce retournement peut produire. Dans ce sens, l’illustration apporté par Lacan du noeud du huit intérieur semble s’appliquer aux modalités du rapport du sujet à son corps, troué, parlé, “pulsionné”, joui, traversé, incarné… par mille et une torsions ou discontinuités.

Lorsque, plus tard, Lacan fait encore référence, entre autres noeuds, au huit intérieur, notamment à propos de James Joyce, il revient sur la question de notre rapport au corps. Il nous le signale en disant que l’inconscient doit être compris comme le rapport entre un corps, le nôtre, qui nous est étranger, qui nous échappe,

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Bande de Möbius

et le maintien, le continu malgré tout d’une existence en cercle, c’est-à-dire le continu d’une existence qui “devrait” se passer en droite infinie. Plus précisément, Lacan nous dit dans le livre XXIII du Séminaire sur le Sinthome, que, dans la mesure où « le rapport au corps n’est un rapport simple chez aucun homme […], la psychologie n’est pas autre chose que l’image confuse que nous avons de notre propre corps. Mais cette image confuse n’est pas sans comporter des affects, pour appeler ça comme ça s’appelle. À s’imaginer justement ce rapport psychique, il y a quelque chose de psychique qui s’affecte, qui réagit, qui n’est pas détaché »[1].

Nous avons donc là au moins trois éléments : le sujet, son rapport au corps et les affects. Pour nous, le huit intérieur pourrait être l’illustration de quelques écueils très particuliers dans les liens entre ces trois éléments. À savoir, lorsque le cercle “continu” du sujet de l’inconscient se retourne sur lui-même à partir de discontinuités imprévisibles et surprenantes de la vie. Et il se retourne et se resserre en accompagnant le rythme, la puissance, l’amplitude et la durée de l’affect lorsque celui-ci rencontre les éléments fonctionnels ou les unités anatomiques.

Cependant, bien que l’affect puisse être plein au maximum, il comporte en tous les cas une composante vide. Il s’agit d’un vide de mots, un vide de signification, un vide de sens parfois. Un problème plus grave encore se poserait lorsque la part du vide devient trop radicale, trop importante, trop envahissante, au point d’en emporter l’affect et ses associations corporelles dans ce trou de signifiance.

Imaginons alors le huit intérieur comme ce vide où disparaît le S1, le représentant du refoulement originel. Car le noeud du huit intérieur fait référence à un manque, ou plutôt à un vide, auquel le signifiant ne peut suppléer, ce qui fait que, dans ces cas, le sujet se trouve réduit au non-sens. À notre avis, le huit intérieur parle d’un vide affectif retourné sur lui-même, retourné intérieurement sur le sujet, captant ainsi à la fois aussi bien les domaines psychique que somatique.

 

Présentation - Huit Intérieur4

Tableau : « Le Silence » circa 1799/1801, Johann Heinrich Füssli (1741-1825). © 2009 Kunsthaus Zürich.

Nous avons trouvé le noeud du huit intérieur magnifiquement présent dans le tableau qui nous sert d’emblème pour notre premier volume. Il s’agit du « Silence », de Johann Heinrich Füssli, produit vers 1799-1801 et exposé à Berlin. Il nous semble que ce regard invisible mais intériorisé, probablement détourné en désespoir et en proie à une impérieuse angoisse de mort —dans la mesure où la mort et l’angoisse sont sans visage—, représente bien un immense vide affectif. Cet abattement blanc, car vide, de ce corps pétrifié et consommé par l’angoisse, nous rappelle, étrangement et sans aucun doute, le mouvement du huit intérieur.

Dans cette icône, la solitude radicale, blanche sur fond noir, absence de vie dans le silence mortel des couleurs, accompagne à merveille la rupture psychique, intérieure donc. Évidemment, celle-ci n’est que la figure la plus extrême des réactions possibles aux événements subjectifs de perte ou de rupture.

Le Huit intérieur en psychopathologie et psychanalyse

La prise en compte du noeud du huit intérieur par Lacan n’est pas une vaine idée déconnectée du champ clinique. Bien au contraire, il s’agit de l’abstraction ou, mieux, de l’illustration, me semble-t-il, de données très concrètes de la vie psychique qui touchent, directe ou indirectement, le somatique.

Nous pouvons visualiser cette connexion du psychique avec la topologie, l’anatomie, le fonctionnel, le somatique…, dans l’avènement du PPS (phénomène psychosomatique), dans la conversion hystérique, dans l’événement de corps, voire dans ce que j’appelle la fuite des événements, selon les cas et les structurations pathologiques de la personnalité.

8 intérieur 3 - Flore

Dessin : © 2014 Flore Arce Ross

Plusieurs aspects peuvent être contenus et véhiculés par ce noeud. Par exemple, le retournement sur soi, l’entourage ou le nouage d’un vide, la création d’un cercle vicieux ou la formation d’un circuit fermé, le blocage sensible des fonctions vitales, l’impasse sur l’expression signifiante ou émotionnelle à autrui…

Une première idée qui saute aux yeux, surtout partant du tableau le Silence, de Fussli, est le retournement et l’enfermement hermétique en soi. Tristesse, douleur, solitude, angoisse (peut-être aussi colère et honte), intériorisées et à hautes doses, peuvent par exemple être des possibilités psychiques trouvant là une illustration. Mais une illustration de quoi, en fait ?

Nous postulons qu’en présence d’une série de pertes ou de ruptures catastrophiques et impossibles à dialectiser, ou en présence d’une relation d’absoluité (symbiose, fusion, tyrannie amoureuse), ou encore en présence d’une vacuité sans limites, le sujet peut tenter de se retourner et de s’enfermer tout en nouant, à l’intérieur de lui-même, un vide non-identifié.

Les modes autistiques, schizophréniques, maniaco-dépressifs, stuporeux, catatoniques ou de flexibilité cireuse, peuvent être des effets de ce retournement sur soi, aussi bien que d’un nouage intériorisé du vide.

Plus largement parlant, nous pouvons le retrouver dans les connexions psycho-musculaires où des rigidités, des torsions et des concentrations douloureuses de la masse musculaire, lorsqu’elles se figent et refroidissent, créent de véritables noeuds. Le corps répond et réagit, de cette façon, à des excès ou à des manquements affectifs et amoureux, à des rationalisations extrêmes de la sexualité, à des fuites en avant dans le travail. Il s’agit de situations subjectives qui mènent toujours vers un trop d’effort psychique (et psychosomatique) et toujours vers un surplus de solitude subie. Dans ces cas, le noeud musculaire vient alors à exister comme un dire en attente désespérée d’être exprimé. Progressivement, le noeud se remplit de ce non-dit jusqu’à se refermer autour d’un vide.

Nous pourrions continuer ainsi à regarder de plus près ce que seraient certains troubles digestifs comme les constipations, les colopathies, les maux de ventre, en fonction de noeuds ou de torsions à l’oeuvre dans les intestins. Comme il est aussi nécessaire de réfléchir sur d’autres noeuds psycho-nerveux où le cerveau se connecte également à cette problématique. Ainsi, il y va de certaines insomnies et d’autres troubles du sommeil comme les hyposomnies ou les réveils précoces qui ont lieu à la suite d’un grand effort intellectuel ou à des soucis non-résolus et hautement anxiogènes. Dans ce cas, il y a comme une inertie fonctionnelle du cerveau en lien étroit avec l’effort psychique et anxieux déployé. Dès que le sujet arrête cet effort, le cerveau prend beaucoup de temps pour retrouver le calme : il continue à “travailler” selon le rythme imposé par l’effort intellectuel ou psychique en empêchant le sujet de dormir. Ce surplus d’effort cérébral, apparemment inutile (car non volontaire), pourrait être une manière de défaire progressivement le “huit intérieur” psychique et somatique qui se serait créé autour de cette action.

Mais il y a encore d’autres espaces somatiques, toujours liés à l’angoisse et à la douleur où peut se manifester cette question que l’on approche avec l’illustration du huit intérieur. Nous pouvons, par exemple, faire référence à “la gorge nouée” dans les cas de panique ou d’extrême angoisse (parfois phobique mais pas toujours). Si le noeud que le sujet ressent, il le localise dans la gorge ou dans la poitrine, c’est parce qu’il s’agit d’un noeud touchant de près les fonctions de respiration, d’alimentation ou d’expression de la parole. Souvent, il ne s’agit pas d’un message signifiant mais plutôt d’une “parole émotionnelle” (sans mots ni signification, mais remplie de sens). C’est comme si ce noeud psychique empêchait le sujet d’avaler, d’inspirer, d’expulser, de communiquer… un cri profondément et revêchement intériorisé. Et la gorge se noue alors autour du vide de ce cri non exprimé.

8 intérieur 2 - Flore

Dessin : © 2014 Flore Arce Ross

Le noeud du huit intérieur, sous toutes ses formes, nous indique la présence d’une véritable mémoire psychique du corps, ainsi que ses manifestions psychiques et psychosomatiques. À ce propos, nous pouvons, d’abord, imaginer quelque chose comme des crampes psychiques qui seraient une sorte de rétrécissement de la tension dans un espace confiné du corps, ce qui fait augmenter, dans ce premier temps, la douleur aiguë. Ensuite, le huit intérieur se localise et se fige dans l’intersection entre angoisse et douleur lorsque le sujet atteint un seuil où il devient insensible à la douleur et à l’extrême fatigue que produit l’angoisse. À partir de ce seuil, il peut se manifester la fuite en avant que nous situons dans l’illustration du huit intérieur.

Cette capacité d’adaptation à la douleur et à l’angoisse qu’un sujet peut exercer malgré tout se retrouve dans les expériences catastrophiques, et très douloureuses au départ, de quelques relations amoureuses qui deviennent de véritables “sacs de noeuds”. D’autant plus que, comme chacun sait, l’amour est un domaine privilégié pour l’implantation et le développement d’une souffrance profondément intime, foncièrement intériorisée. Car, en plus du huit intérieur du sujet, il y a aussi la présence constante, parfois impérieuse, du huit intérieur de l’Autre. Ce double huit, connectant à la fois la souffrance intime avec une jouissance extime (pourtant étrangement familière au sujet), produit alors la collectivisation-à-deux d’un noeud tiers (le couple). Sans aucun doute, cette collectivisation-à-deux des deux séries de noeuds intérieurs provient déjà de l’expérience familiale archaïque, et de ses écueils.

Dans la même veine, les secrets de famille s’installent souvent comme une série irrésistible de huit intérieurs qui hantent un foyer trans-générationnel. Cela vient rigidifier et enlever une bonne dose de spontanéité, de fluidité et de vérité aux rapports nécessaires du sujet vis-à-vis du savoir inconscient. Dans ces cas-là, le sujet enferme ce savoir inconscient le compactant à l’intérieur de lui-même, tout en le serrant fort avec un noeud replié tête sur nombril.

N’oublions pas cependant les versions positives des noeuds psychiques, à savoir celles à l’oeuvre dans les suppléances de toute sorte ainsi que, plus particulièrement, celle du noeud qui fait tenir RSI. À ce propos, il faudrait dire cependant que le Nom-du-père est un noeud supplétif qui malheureusement aujourd’hui s’effiloche, ou se corrompt, à cause notamment des nouvelles modalités poly-perverties de la famille sociétalisée.

Ainsi, sous l’énorme pression de l’actualité, laquelle pose à la psychanalyse un défi constant mais sans mode d’emploi préalable, tous ces thèmes devront également faire partie de nos titres de publication.

Notes

1. LACAN, J., Le Séminaire, Livre XXIII : Le Sinthome [1975-1976]. Texte établi par Jacques-Alain Miller. Seuil, Paris, 2005, pp. 148-149.

German Arce Ross. Paris, mai 2015.

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