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Biehler

Pour le texte intégral de cette thèse, cliquer sur la couverture


On me signale que, dans sa thèse de novembre 2014, sur la Maladie mentale dans les écritures dramatiques d’expression française : vers une nouvelle catharsis ?, Johanna Biehler reprend notre concept de secte-à-deux (Arce Ross, 2003, 2016) pour parler du cas pathologique de Louis Althusser dans les relations très conflictuelles qu’il entretenait avec sa femme, Hélène Rytman. Et ceci, non seulement jusqu’au meurtre d’Hélène, mais bien au-delà de cet acte qui le fait radicalement chuter de son identité de “philosophe” et qui l’empêche d’écrire quoi que ce soit d’autre. Comme si la graphomanie avait trouvé un exutoire, ou un terminus plus qu’inquiétant.

Grâce à la prise en compte de la pièce de théâtre le Caïman, d’Antoine Rault, le travail de Johanna Biehler permet de visualiser qu’Althusser avait développé, en même temps qu’un personnage psychotique hors du commun dominant sa personnalité, des écrits philosophiques tout à fait pathologiques. S’appuyant dangereusement sur le tissu à huis-clos du couple reclus qu’il formait avec Hélène, la psychose maniaco-dépressive d’Althusser gagne progressivement ses écrits “philosophiques” sur le marxisme aussi bien que ses “trouvailles” délirantes sur une société impossible à venir.

Malheureusement, il s’agit d’une suppléance qui vient à rater. Probablement parce que Louis Althusser et Hélène Rytman se trouvaient de plus en plus enfermés dans leurs pulsions de destruction réciproques. Des pulsions violentes qui prenaient la place laissée vide par le modèle asexuel d’un couple soumis aux angoisses altruistes des deux partenaires.

Voilà ce qu’elle dit :

« Quand son angoisse de la castration est devenue insupportable, Althusser est passé du côté pathologique de l’amour en éliminant la personne qui incarnait, à ses yeux, toutes ses peurs, à savoir Hélène. Le philosophe avait identifié sa femme à son père, Charles, qui avait tenté un jour de circoncire lui-même son fils. Dans son autobiographie L’Avenir dure longtemps, il dit à propos d’Hélène qu’elle “était comme un homme”. German Arce Ross, dans son article déjà cité, parle du couple Althusser-Rytman comme d’une secte-à-deux qui se caractérisait par une “haine passionnelle”. Les relations entre eux étaient plus que houleuses : “Je ne sais quel régime de vie j’imposai à Hélène (et je sais que j’ai pu être réellement capable du pire) […] L’enfer à deux dans le huis-clos d’une solitude délibérément organisée, commençait, hallucinant” ».

Devons-nous considérer que les écritures dramatiques et les mises-en-scènes cinématographiques en général nous aident à canaliser et à rendre symboliques les pulsions violentes, à savoir celles que nous pouvons avoir tous au moins à l’état de fantasmes non exprimés ? D’autant plus celles qui peuvent être activées chez un sujet maniaco-dépressif en proie à des suppléances qui ratent ? Autrement dit, pouvons-nous trouver, dans la violence psychopathologique représentée dans le théâtre et dans le cinéma contemporains, un certain soulagement cathartique des pulsions violentes sur lesquelles se fondent aussi la sexualité et le couple d’aujourd’hui ?

En tout cas, nous saluons cette thèse qui est très bien construite et argumentée. Johanna Biehler a su choisir un thème très intéressant non seulement pour l’analyse de l’art dramatique, ou cinématographique, mais aussi pour la psychanalyse.

 

Résumé

BIEHLER, Johanna, La Maladie mentale dans les écritures dramatiques d’expression française : vers une nouvelle catharsis ?, Thèse de Doctorat, présentée et soutenue le 14 novembre 2014, Université de Pau et des pays de l’Adour, Spécialité : Langues et Littératures françaises.

La thèse porte sur la maladie mentale dans les écritures dramatiques contemporaines d’expression française ainsi que son incidence sur la mise en scène. Le théâtre s’est toujours intéressé à la maladie mentale, et pour certains chercheurs l’art dramatique va même trouver son origine dans celle-ci, à travers des rituels consacrés à la transe et aux rêves.

Un grand nombre de personnages « fous » peuplent l’histoire du théâtre européen, que ce soit dans les tragédies grecques, le théâtre shakespearien ou le théâtre classique (la « folie » sur scène est un thème qui a traversé les siècles), mais nous nous focaliserons sur une période d’ « ultra- contemporanéité » : en effet, l’essentiel de la thèse portera sur des pièces ne remontant pas au- delà du début des années quatre-vingt. Cela nous permettra de voir que malgré la démocratisation de la psychanalyse, de la psychiatrie et de la psychologie, toutes ces disciplines restent fascinantes et un peu mystérieuses, et que les auteurs aiment à manipuler l’ambigüité entre maladie mentale et originalité du comportement.

Mots-clés : dramaturgie, maladie mentale, mise en scène, théâtre contemporain

 

Abstract

BIEHLER, Johanna, The Representation of Mental Illness in Contemporary Francophone Drama, PhD Thesis, Novembre 14, 2014, Université de Pau et des pays de l’Adour, Spécialité : Langues et Littératures françaises.

The thesis examines the representation of mental illness in contemporary francophone drama and its impact on the staging of these plays. Theatre has always been concerned with mental illness and, for some researchers; the very origins of drama have to be found there within trance and dream rituals. After an overview of the most famous “fools” present in the history of European drama – be they in the Greek tragedies, Shakespeare’s plays or classic French drama – we will see that “madness” is a long-lasting theme.

We will then focus on the contemporary period: in fact, this thesis crucially discusses plays written since the beginning of the eighties. This will enable us to see that, despite the democratization of psychoanalysis, psychiatry and psychology, they all remain mysterious and fascinating as well as a subject of predilection for playwrights who tend to creatively manipulate the ambiguity between mental illness and original behaviour.

Keywords: mental illness, staging, contemporary French drama

German ARCE ROSS. Paris, mai 2016.

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